Le littoral français évolue en permanence sous l’effet des vagues, des courants, des tempêtes et du changement climatique. Dans ce contexte, une question revient souvent : l’extraction de granulats marins a-t-elle un impact sur le trait de côte ?
Pour répondre à cette question, il convient de dissocier les effets directs et indirects, dans le temps et dans l’espace, de cette activité sur l’évolution du trait de côte.
Les sables ou graviers ne sont plus extraits au niveau des plages et en zone littorale. L’exploitation des granulats actuellement en cours au large de nos côtes hexagonales n’impacte pas directement le trait de côte, contrairement à certaines idées reçues.
Cependant, des effets indirects ne peuvent être écartés, par modification des courants et du transport de sédiments dans le champ proche de ces exploitations.
Pour éclairer le débat et mieux encadrer l’instruction des projets, le ministère de la Transition écologique s’est entouré d’un comité d’experts (Artelia, BRGM, Ifremer, Cerema, Shom) et publie, avec l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG), un guide méthodologique inédit. Fruit de trois années de travail collectif, ce document harmonise les connaissances disponibles et propose une méthode unifiée pour analyser les effets potentiels indirects des concessions sur le trait de côte, à destination des porteurs de projets, des services de l’État et des parties prenantes.

Le trait de côte, une interface vivante et complexe
Le trait de côte n’est pas une ligne fixe : c’est une zone de contact entre la terre et la mer, en mouvement constant. Il peut reculer (érosion) ou avancer (accrétion), selon un bilan sédimentaire qui dépend à la fois des apports (marins et fluviaux) et des pertes (transferts vers le large, aménagements, urbanisation, perturbations des mouvements de sédiments par les activités humaines…).
Le guide rappelle aussi qu’il faut distinguer la zone littorale, très active, et la zone côtière plus au large, sur le plateau continental, où se situent les concessions de granulats marins : les interactions existent, mais elles ne sont pas de même intensité.
Une activité encadrée, ciblée… et de proximité
L’extraction de granulats marins en France reste modeste en volume et strictement encadrée. Quelques repères :
- 8,7 millions de tonnes en 2022, soit environ 2 % de la production nationale totale de granulats ;
- 17 concessions actives, pour une superficie d’environ 160 km², soit 0,04 % de la ZEE métropolitaine ;
- une activité opérée par 18 navires, représentant environ 900 emplois directs et induits.
Ces matériaux répondent à des besoins techniques spécifiques, selon une logique de sobriété : « le bon matériau, au bon endroit, pour le bon usage ». Leur rôle est particulièrement important pour certains territoires littoraux, où ils peuvent représenter 20 à 80 % des besoins, ainsi que pour des métropoles connectées à la mer par des fleuves (Paris, Rouen, Nantes, Bordeaux), les granulats étant des matériaux lourds dont le coût de transport est déterminant.
Une méthode commune pour évaluer les effets potentiels
L’évaluation s’appuie sur une logique de comparaison : une situation de référence (état actuel) est confrontée à une situation en fin d’exploitation, en intégrant, si nécessaire, la notion d’effets cumulés avec d’autres projets.
Le guide propose de mobiliser quatre modélisations principales (états de mer, courantologie, transport des sédiments côtiers, transit littoral), complétées par des modules optionnels pour certains cas (estuaires, lagunes…).
Point important : ce référentiel ne vise pas à prédire l’évolution du littoral à long terme, ni à évaluer l’impact de nouveaux aménagements côtiers (digues, épis, rechargements de plage). Il constitue en revanche un outil de référence pour harmoniser les pratiques, renforcer la transparence et diffuser une base commune de connaissances scientifiques.
En définitive, ce guide constitue une avancée majeure : il met à disposition de manière inédite une méthode validée en comité d’experts (Artelia, BRGM, Ifremer, Cerema, Shom) permettant d’évaluer les effets indirects potentiels de l’extraction de granulats marins sur le trait de côte.
Retrouvez le Guide en versions française et anglaise en téléchargement sur le site de l’UNPG :
https://sablesetgraviersenmer.fr/pages/guide-methodologique-pour-une-modelisation-numerique-hydrosedimentaire
